« Ça ne me dérange pas de vieillir, mais je ne veux pas être vieux », confie Jim Corcoran

À 76 ans, Jim Corcoran a trouvé la solution pour passer au travers de temps difficiles: « donner la priorité au plus beau », ce qu’il fait notamment en créant de manière quotidienne.

Jim Corcoran célèbre cette année le 20e anniversaire de son album Pages blanches. Bien que cet opus soit le plus récent des huit constituant sa discographie, cela ne veut pas dire que l’auteur-compositeur-interprète a mis de côté la création depuis. Au contraire.

« J’écris beaucoup de réflexions. J’ai plusieurs textes inachevés. D’ailleurs, je suis très inspiré en ce moment. Je suis sporadiquement en studio avec mes deux amis musiciens, Daniel Hubert et Pierre Côté. Je suis aux étoiles», confie l’artiste originaire de Sherbrooke qui fut élevé par une mère anglaise et un père irlandais.

Le poète musicien né dans une famille anglophone, qui a appris le français à la suite d’un coup de foudre «pour cette langue à défendre» à l’âge de 19 ans, est encore fier des textes de ce disque paru en février 2005.

Jim Corcoran n’hésite pas d’ailleurs à dire que la chanson Éloge du doute qui y figure est ce qu’il a écrit de mieux de toute sa carrière.

« C’est direct et clair. C’est mon regard sur la bêtise humaine. Je célèbre le doute, car pour moi, c’est le fait de douter qui nous amène vers une vérité. Gober, accepter, se résigner, c’est abandonner son épine dorsale », croit-il.

S’il garde de très bons souvenirs de cette période de sa vie, le créateur insiste: ce qui lui importe le plus est d’être dans l’extrême moment présent.

Que faire si ce moment se compose de conflits de toutes sortes comme c’est le cas actuellement? « Je donne priorité au plus beau. Si on s’entoure de choses laides et désagréables, on risque de le devenir. Ce qui se passe dans le monde est à pleurer, mais il y a un urgent besoin de se laisser aller, fuir la morosité, se protéger contre le temps qu’il fait. On ne peut pas toujours argumenter avec le non-sens, sinon, on se rend malade et on se fait du tort », répond sagement le lauréat de 5 Félix.

Vieillir sans être vieux

«Quel privilège d’avoir gagné ma vie à faire et à écouter de la musique», lance Jim Corcoran, qui semble encore surpris d’avoir fait ses débuts en musique en 1971.

Dire, en plus, que sa riche carrière aurait pu ne pas être: il était un étudiant en philosophie bien timide pour qui la musique était réservée à son monde intérieur et «était de la récréation».

«Je ne me voyais pas utile sur une scène, ni pourquoi on s’intéresserait à moi. Je faisais cela pour me faire plaisir. Ce sont des amis qui m’ont tordu le bras pour que je fasse carrière», révèle-t-il.

Le reste, comme on dit, fait partie de l’histoire. Jim Corcoran s’est laissé prendre au jeu, a enfilé les projets avec des gens extraordinaires et talentueux, dont Michel Bélanger, ce fidèle collaborateur avec qui il travaille depuis 1980.

Jim Corcoran, la plume et la voix derrière les succès Ton amour est trop lourd, C’est pour ça que je t’aime et D’la bière au ciel, avoue être le premier surpris d’avoir célébré ses 76 ans le 10 février dernier.

«Ça ne me dérange pas de vieillir, mais je ne veux pas être vieux. Je ne perds pas d’énergie à craindre la vieillesse. Je n’ai pas de graves problèmes de santé, alors je touche du bois», souffle-t-il.

Il ne croit pas non plus à la retraite pour un créateur, prenant comme exemple le grand Gilles Vigneault, 96 ans, avec qui il a travaillé à titre de réalisateur sur le plus récent album.

«Ça a été fabuleux! Quel privilège d’être en présence de cette sagesse et de cette personne merveilleusement âgée», s’exclame le gagnant d’un Juno.

Peut-on, dans ce cas, rêver d’un nouveau disque ou d’un retour sur scène pour Jim Corcoran, le toujours créatif et inspiré? Il ne se refuse rien… sauf la pression de devoir livrer un produit.

Pour le moment, il a cette chanson qui est terminée et qu’il affectionne beaucoup. Mais pas question de faire un autre album si ce qui vient ressemble trop à ce qu’il a fait avant. 

«La scène? Ça m’étonnerait. J’y ai eu tellement de plaisir sur scène avec des musiciens merveilleux. J’ai été là au moment où il fallait que j’y sois», estime l’artiste qui s’est vu remettre, parmi ses nombreux hommages, celui de la SOCAN en 2018 en plus d’avoir été nommé officier de l’Ordre du Canada en 2023.

Source : Sarah-Emilie Nault, Le Journal de Québec, Mars 2025.

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