Le quart des professions bientôt en manque de travailleurs 

Au moins le quart des professions seront en déficit de main-d’oeuvre au Québec au cours des prochaines années, prédit le gouvernement.

La situation sera particulièrement délicate dans les secteurs de la santé (infirmières, psychologues, médecins, aides-soignants), mais aussi chez les mécaniciens d’équipement lourd, les ingénieurs en électronique, les techniciens en usinage, les programmeurs ou encore les développeurs en médias interactifs, rapporte la plus récente version de son rapport annuel État d’équilibre du marché du travail à court et moyen terme dévoilé jeudi par le ministère québécois du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

Plus de 1,4 million d’emplois devront être pourvus au Québec de 2019 à 2028, simplement pour remplacer le départ à la retraite des baby-boomers (à raison de 81 % du total), mais pour occuper aussi les nouveaux emplois créés par la croissance économique (19 %). Déjà aux prises avec un problème de rareté de main-d’oeuvre, les employeurs devront trouver les bras et les têtes nécessaires à 54 % chez les jeunes qui intégreront le marché du travail. Les autres viendront des futurs immigrants (22 %), d’une hausse de la participation au marché du travail des 15 ans à 64 ans (17 %), ainsi que de leurs aînés (8 %).

La proportion de l’ensemble des emplois requérant au moins un diplôme collégial continuera d’augmenter au point d’en représenter presque la moitié (49 %) en même temps que continuera de diminuer la demande de travailleurs disposant au mieux d’un diplôme d’études secondaires (34 %). Le principal secteur d’emplois restera celui de la vente et des services, mais il sera en recul avec le quart du total en 2028, alors que ceux des sciences naturelles et appliquées (9 %), de la santé (12 %) ainsi que de l’enseignement, du droit et des services sociaux (12 %) continueront d’augmenter leur poids relatif.

Mais de la façon que se présentent les choses, on peut prévoir que 117 des 500 principales catégories professionnelles (23 %) accuseront malgré tout un déficit de main-d’oeuvre dès 2023, contre 289 en équilibre, seulement 17 en surplus (dont les messagers porte-à-porte, les ébénistes et les commis à la saisie de données) et 77 sans diagnostic, estime le rapport qui s’appuie sur de nombreuses sources statistiques ainsi que sur les représentants patronaux, les syndicats et autres comités sectoriels de main-d’oeuvre de la Commission des partenaires du marché du travail.

Le portrait peut varier beaucoup d’une région à l’autre selon ses besoins et sa réalité. Le nombre de professions en déficit de main-d’oeuvre en 2023 devrait ainsi aller de 46 sur 500 en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, à 150 en Montérégie. Les régions métropolitaines de Montréal (114) et de Québec (115) seront dans la moyenne (117).

Pire encore

Mais l’ampleur du problème pourrait bien être plus grande encore, expliquent les auteurs de l’étude. En effet, il n’est pas toujours suffisant de disposer d’un bon nombre de travailleurs qualifiés. Encore faut-il qu’ils aient exactement les bonnes compétences et qu’ils ne choisissent pas d’autres secteurs qui offrent de meilleures conditions de travail. Ainsi, lorsqu’on regarde plus en détail, ce ne sont probablement pas 117 professions sur 500 qui seront en manque de main-d’oeuvre pour l’ensemble du Québec en 2023, mais plutôt 200 (40 %).

« Plus que jamais, l’adéquation entre les besoins des employeurs et la disponibilité de personnel ayant les compétences et les qualifications requises devient névralgique pour le bon fonctionnement de l’économie du Québec », disent les auteurs de l’étude.

Leur rapport servira entre autres au gouvernement du Québec à évaluer l’utilité de programmes de formation dans les écoles, à sélectionner les candidats à l’immigration et à diriger dans leurs choix de carrière ceux qui s’adressent aux services d’Emploi-Québec.

Sa version précédente s’est retrouvée mêlée à la controverse de la réforme, finalement avortée, du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), cet automne, parce que le gouvernement Legault s’était largement basé sur ses conclusions pour choisir le type d’étudiants étrangers que le Québec avait intérêt à garder.

Les auteurs de l’étude admettent eux-mêmes que leur travail n’est pas parfait. Ils soulignent entre autres que les 500 professions des statistiques officielles sont parfois trop larges pour décrire la réalité des quelque 40 000 types d’emplois qu’elles recoupent.

Source: Éric Desrosiers, Le Devoir, édition du 15 février 2020 

 

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