Trois changements au RRQ à connaître

La vague de changements touchant le Régime de rentes du Québec (RRQ) est maintenant en vigueur, ce qui allonge la série de questions à se poser à l’âge de la retraite. La bonne nouvelle : prendre le temps de trouver les réponses est un exercice payant.

L’option de ne plus cotiser

Après les consultations publiques menées en février 2023, Québec a annoncé une série de modifications au RRQ « pour accroître la sécurité financière de la population » et pour encourager les personnes de 65 ans et plus à demeurer au travail dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. Elles sont entrées en vigueur le 1er janvier.

Il est trop tôt pour dire si les sexagénaires seront plus nombreux à l’avenir à conserver un emploi. Mais les nouveautés ont au moins l’avantage d’offrir plus de choix et de flexibilité aux Québécois.

Le changement qui retient le plus l’attention est la possibilité pour les travailleurs de 65 ans et plus qui touchent déjà une rente du RRQ de cesser de cotiser au régime. Cette option n’est pas forcément avantageuse financièrement, mais elle risque de susciter l’intérêt, puisqu’elle occasionne sur-le-champ une hausse du revenu net en réduisant les prélèvements à la source.

La somme qui aurait normalement été versée au RRQ par le travailleur, soit 6,4 % des gains admissibles, cessera d’amputer le revenu dès le mois suivant l’envoi du formulaire à l’employeur et à Revenu Québec.

« Si une personne est très endettée sur des cartes de crédit, par exemple, ce serait mieux pour elle de cesser de cotiser au RRQ et de rembourser ses dettes », calcule François Lucas-Cardona, planificateur financier et conseiller principal, développement et qualité de la pratique à l’Institut de la planification financière (anciennement l’IQPF).

Supposons que vous n’êtes pas cette personne endettée, que vous travaillez essentiellement pour le plaisir de socialiser, pour vous payer de petits luxes ou pour arrondir vos fins de mois, devriez-vous cesser de cotiser au RRQ ? Comme c’est souvent le cas avec les questions de finances personnelles, la réponse courte (et frustrante) est : « ça dépend ! ».

Souvent, il est plus avantageux de continuer à cotiser. Principalement parce que les versements font augmenter le montant de la rente (d’autant plus que l’employeur cotise lui aussi à hauteur de 6,4 %) et qu’un arrêt des cotisations aura des répercussions longtemps, soit jusqu’au décès.

Mais plusieurs éléments doivent être pris en considération pour prendre une décision éclairée, à commencer par l’âge, l’état de santé et les antécédents familiaux du travailleur, puisqu’il faut neuf ans et des poussières pour récupérer ses cotisations. C’est court compte tenu de l’espérance de vie à l’âge de la retraite, une donnée qu’il ne faut surtout pas confondre avec l’espérance de vie à la naissance ni sous-estimer.

Concrètement, une femme qui gagne 60 000 $ par année augmenterait ses revenus de 3051 $ en mettant fin à ses contributions au régime public. En revanche, elle se priverait l’année suivante de 373 $. Cela peut sembler faible, mais n’oubliez pas que la somme sera indexée au coût de la vie annuellement en plus d’être garantie toute la vie.

Si cette femme se rend à 91 ans, ce qui a une chance sur deux de survenir, elle aura bénéficié pendant 26 ans d’un « supplément de rente » de quelques centaines de dollars pour une seule année de cotisation d’environ 3000 $. Il faut 17 ans pour recevoir une somme deux fois plus élevée que ses cotisations et 29 ans pour obtenir le triple, selon le RRQ.

Le supplément de rente est versé à ceux qui cotisent au régime tout en recevant une rente. Il équivaut à 0,66 % des revenus gagnés admissibles de l’année précédente. Le montant est inclus dans le calcul de la rente du conjoint survivant.

Pour faire le bon choix, un conseiller ou planificateur financier prendra aussi en compte l’ensemble des revenus (régimes de retraite de l’employeur, pension de la Sécurité de vieillesse (PSV), immeuble locatif). Il évaluera ensuite les impacts d’une hausse de la rente du RRQ, notamment sur les impôts à payer, les crédits d’impôt et le Supplément de revenu garanti le cas échéant, énumère François Lucas-Cardona.

L’expert pourra aussi évaluer divers scénarios d’investissement si « l’économie » générée par une cessation de la cotisation n’est pas requise pour boucler le budget. La somme pourrait notamment être placée dans un REER ou un CELI pour fournir un revenu additionnel une fois le marché du travail abandonné. Pour les travailleurs autonomes, ce montant est doublé, puisqu’ils paient aussi les 6,4 % de l’employeur.

Le RRQ ne donne pas de conseils financiers personnalisés au téléphone, puisque chaque situation est unique. Mais ses experts ont préparé un document facile à lire qui explique bien les choses sans jargon rébarbatif. C’est un excellent point de départ pour se faire une tête.

Enfin, il faut savoir que la décision de mettre fin à ses cotisations est révocable en tout temps et qu’elle entraîne de facto l’arrêt des cotisations de l’employeur. Ce dernier ne peut d’ailleurs pas vous forcer ni même vous inciter à renoncer à vos cotisations parce que cela le ferait économiser. La décision doit être prise par les travailleurs en toute indépendance. Après tout, il s’agit de leur avenir financier.

Attendre à 72 ans pour retirer sa rente

Quand sa situation financière le permet, il est payant de repousser le moment où l’on réclame sa rente du RRQ. Car chaque mois de report bonifie la rente reçue de 0,7 %, ce qui représente 8,4 % par année.

Bonne nouvelle pour ceux qui ont les moyens de le faire, il est désormais possible d’attendre jusqu’à 72 ans pour demander sa rente, plutôt que 70 ans. Ces deux années représentent un gain de 16,8 % pour la vie durant (sans compter l’indexation au coût de la vie).

La Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke a fait la démonstration l’automne dernier qu’il était plus judicieux de vivre de ses économies pendant ses premières années à la retraite et de réclamer ensuite sa rente bonifiée du RRQ. Au décès, la personne qui adopte cette stratégie se retrouve avec une somme plus élevée dans son compte de banque que celle qui a réclamé sa rente tôt en se répétant le fameux proverbe « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ».

Lorsque j’aborde la question du RRQ dans mes chroniques, des lecteurs m’écrivent toujours pour me demander s’il ne serait pas préférable de réclamer ses rentes, même quand le besoin n’y est pas, pour investir la somme et en profiter plus tard.

« Je trouve que trop souvent dans les études portant sur l’âge idéal pour RRQ ou PSV, on oublie de considérer la somme qu’on aurait accumulée dans un REER ou un CELI si nous avions décidé de retirer à 60 ans (RRQ) ou 65 ans (PSV) », juge Anne.

« Lorsqu’on continue à travailler jusqu’à 65 ans, serait-il préférable de retirer la rente du RRQ et de la placer dans un REER ou un CELI à 60 ans pour avoir un meilleur rendement que le RRQ à 65 ans ? », m’a demandé Paul.

J’ai transmis ces questions à Daniel Laverdière, actuaire et planificateur financier à la retraite qui a longtemps été directeur d’une équipe d’experts à la Banque Nationale Gestion privée 1859. Il a élaboré deux scénarios avec des rendements nets de frais de 3 % et 5 %, une hypothèse d’inflation à 2,1 % et une hausse du maximum des gains admissibles (MGA) de 3,1 %.

Notre première retraitée fictive, Agathe, demande ses rentes publiques à 65 ans et obtient 24 034 $ (15 679 $ du RRQ et 8355 $ de la PSV). Après impôts de 40 %, il lui reste 14 420 $, qu’elle dépose dans un CELI. On suppose ici que l’espace CELI est suffisant. Elle fait de même jusqu’à ses 70 ans (la somme croît chaque année en raison de l’indexation).

À 70 ans, Agathe aura accumulé environ 79 746 $ grâce à un rendement de 3 % net de frais.

Pendant ce temps, sa voisine Virginie, qui avait gagné exactement les mêmes revenus au cours de sa carrière, attendait patiemment pour réclamer ses rentes publiques. Elle s’exécute à 70 ans, ce qui lui procure 38 543 $ brut par année (25 936 $ du RRQ et 12 607 $ de PSV) ou 23 126 $ net.

Agathe, qui a fêté son 70anniversaire, obtient désormais des rentes brutes totalisant 26 666 $. Il lui manque donc 11 877 $ brut (ou 7126 $ net) pour bénéficier du même train de vie que Virginie. Elle pige ces 7126 $ dans son CELI pour combler l’écart. Peu avant ses 82 ans, son compte est vide, détermine Daniel Laverdière. Elle commence donc à vivre uniquement de ses rentes publiques qui lui procurent 21 245 $ net par année.

Sa voisine Virginie touche, quant à elle, 31 290 $ net annuellement. C’est environ 10 000 $ de plus dans ses poches par année.

En considérant un rendement net de frais de 5 %, ce qui est supérieur aux normes utilisées par les planificateurs financiers, la réponse est la même : il est préférable de retarder ses rentes. Car Agathe épuiserait son CELI peu après son 84anniversaire.

« Avec 9 % de rendement net de frais, ça vire de bord [investir les rentes serait plus payant], mais ce n’est pas réaliste ! », constate Daniel Laverdière avant d’ajouter que l’investissement de ses rentes suppose aussi un certain stress dû aux aléas du marché. Il précise aussi que l’investissement des rentes dans un REER plutôt qu’un CELI aurait donné un résultat « à peu près équivalent » et que le report est encore plus rentable si les placements sont non enregistrés.

Une rente protégée à 65 ans

C’était illogique, dans un sens, mais le RRQ pénalisait des aînés qui travaillaient à temps partiel. Cela est maintenant chose du passé. Désormais, le salaire obtenu passé 65 ans n’est plus utilisé pour calculer le montant de la rente.

Le montant de la rente est basé sur la moyenne des revenus que l’on a gagnés depuis son 18e anniversaire. De faibles gains après 65 ans faisaient diminuer cette moyenne des revenus obtenus au cours de la carrière. Typiquement, cette situation survenait quand des personnes décidaient de travailler à temps partiel ou de quitter un emploi devenu trop exigeant afin de le remplacer par un autre, plus facile et moins payant.

Pour garder les aînés sur le marché du travail, disons que ce n’était pas très efficace !

Les sexagénaires qui reportaient le moment de réclamer leur rente quelques années après avoir cessé de travailler étaient eux aussi pénalisés par leurs années sans revenus de travail. Le report fait bondir le montant de la rente, mais dans leur cas, le bond était moins élevé.

On constate aisément l’incohérence de la méthode de calcul en vigueur jusqu’en décembre 2023 avec cet exemple fourni l’an dernier au RRQ par l’Institut de planification financière (alors appelé IQPF).

Deux personnes cessent de travailler à 65 ans. La première réclame illico sa rente et reçoit 1240 $ par mois. La seconde reporte la demande à 70 ans dans l’espoir d’obtenir plus (+ 8,4 %/an). Elle devrait normalement avoir droit à 1761 $, mais en tenant compte de ses 5 années sans revenus, c’est plutôt 1627 $ qui lui sont versés. « Ceci représente un écart de 7,6 % de diminution du montant de rente, ou un montant significatif de 134 $ par mois pour le reste de ses jours », écrivait l’IQPF dans son mémoire.

Le Réseau FADOQ, notamment, aurait préféré que le mécanisme de protection de la moyenne de gains s’applique dès l’âge de 60 ans par souci de « flexibilité » dans un monde où « la retraite s’est beaucoup diversifiée ».

« De nombreuses personnes choisissent de ne pas retirer leur rente du RRQ avant l’âge de 65 ans, mais de ralentir la cadence de travail dès 60 ans pour des raisons personnelles (planification financière satisfaisante, bénévolat, loisirs personnels). D’autres sont contraintes de changer d’emploi ou de se requalifier parce qu’elles ne sont plus en mesure d’effectuer le même travail, notamment en raison de la pénibilité de la tâche (serveuse, éboueur, commis d’entrepôt, etc.) », écrivait l’organisation qui représente 525 000 personnes de 50 ans et plus.

Source : Marie-Eve Fournier, La Presse, Janvier 2024

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